Le 7 Avril 2000

 

Plaidoyer pour la République

 

      Une fois de plus, le gouvernement a reculé, et massivement. Cette fois, c'est un gouvernement de gauche qui recule sur des réformes de l'Etat pourtant indispensables, celles de l'Education nationale, du Ministère des Finances, des retraites du secteur public et des régimes spéciaux. Hier, c'était un gouvernement de droite qui reculait sur les mêmes réformes de l'Etat déjà indispensables, celles de l'Education nationale, des retraites du secteur public et des régimes spéciaux. Le Gouvernement de gauche, remanié, a déjà reculé, quelques jours après sa recomposition, sur la réforme concernant l'enseignement professionnel, reculade bien sûr présentée en " avancées sociales ", sans d'ailleurs en chiffrer le prix à payer pour la Nation.

 

      Naturellement, à chaque fois, l'opposition accuse le Gouvernement d'incapacité à réformer, et dans le dernier cas, d'immobilisme. Mais en fait, à chaque fois qu'un Gouvernement recule, c'est la République qui recule, c'est le Peuple qui perd un peu plus de sa souveraineté, au profit de groupes devenus ultra-corporatifs et qui s'éloignent de plus en plus de leur mission de service public, c'est à dire d'être au service de la République.

 

      Alors, la nécessaire réforme de l'Etat est-elle possible ?

      Récemment invité de Ruth ELKRIEF, l'ancien Premier Ministre Raymond BARRE s'est interrogé publiquement " à propos des 25% de fonctionnaires qui entretiennent l'obscurantisme économique et social " avant d'avouer " je ne sais pas ce qu'il faut faire ".

 

      Ces propos d'un homme politique important et responsable, indiquent bien l'état actuel de la France. La France n'est plus gouvernée, elle est seulement gérée, sans doute même co-gérée dans bien des administrations ou établissements publics, peut-être ceux-ci sont-ils déjà en réalité, directement contrôlés par les fonctionnaires ou leurs représentants et non plus par le pouvoir politique élu démocratiquement qui devrait exercer la souveraineté du Peuple par délégation.

 

      En fait, personne ne connaît l'état réel du délabrement de l'autorité du Gouvernement dans le secteur public.

 

      Quels peuvent être les remèdes à une telle situation d'abandon de la République, qui constitue un délit de République, un acte " républicide ", apportant une justification au désintérêt du Peuple pour la politique et préparant pour l'avenir des situations dramatiques pour la Nation, car l'inacceptable ne pourra être supporté indéfiniment par le Peuple.

 

      Tout a été dit, écrit, publié, largement débattu dans les médias, sur la nécessité de réformer l'Etat, l'Etat le plus cher du monde mais pas le meilleur, car malgré son coût excessif (45,6% de prélèvements obligatoires en 1999 : un record absolu), il y a de graves et nombreux disfonctionnements dont les médias se font l'écho malheureusement à l'occasion de catastrophes (tragédie du Tunnel du Mont Blanc et exercices de prévention quasi-inexistants, naufrage de l'Erika, marée noire et plan PALOMAR inopérant, " du papier " selon un rapport du Conseil Economique et Social) marqués par le laxisme et la déresponsabilisation des services de l'Etat.

 

      Alors, que faut-il faire ?

En premier lieu, obtenir la transparence de l'Etat, qui est un droit du Citoyen, de la République.

 

      Avant tout débat, avant tout projet de réforme de l'Etat, il faut dresser l'état des lieux, faire un audit général de l'Etat, selon des méthodes modernes, avec une extrême précision, avec une présentation compréhensible par le Peuple, comparable à la comptabilité classique des sociétés par exemple, pour savoir où passe l'argent de la République, pour savoir l'utilisation réelle de chaque franc, de chaque euro en application des Articles 14 et 15 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, inscrite dans la Constitution.

 

      En second lieu, quantifier exactement le surcoût de l'Etat, en regard de sa lourdeur, des disfonctionnements, des coûts réels des fonctionnaires en englobant tous les éléments des statuts et les éléments officieux (un coût " vie entière " en prenant en compte tous les avantages ).

 

      En troisième lieu, quantifier exactement ce que serait le coût de l'Etat à service public égal, s'il était organisé de manière moderne, sans tabou sur les conditions d'organisation, sur les statuts, en étant réellement au service de la République, c'est à dire en étant responsable, de qualité, efficace, avec une bonne productivité et au meilleur prix dans le respect de rémunérations convenables pour les fonctionnaires, notamment en regard de celles du privé.

 

      Alors, à l'issue de cette mise sur la table, au grand jour de tous les éléments du débat, pour les rendre incontestables, pour corriger la mauvaise foi et les affirmations partisanes visant uniquement à entretenir " l'obscurantisme économique et social ", à interdire la réforme, il restera à trancher " ces nœuds qui nous empêchent d'avancer " c'est à dire de proposer au Peuple la réforme de l'Etat par référendum, la République ne pouvant être interdite de progrès par des ultra-corporatismes, de plus payés par la République.

 

      L'Observatoire de la République demande la mise en œuvre de ces moyens, de manière à rendre la République au Citoyen, à fonder la République sur le Peuple, à ré-introduire les 7 millions de Citoyens exclus dans la République, ce qui constitue une urgence républicaine, morale, humaniste afin qu'ils ne soient pas les " Natch und nebel " de la République et la honte de la France.

 

Michel MERCIER.

Président de l'Observatoire de la République.

 

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