2001

 

EXTRAITS de « LETTRES ET CULTURES DE LANGUE FRANCAISE », 2ième semestre 1999, Revue de l’Association des Ecrivains de Langue Française A.D.E.L.F.

 

La rencontre entre Charles de Gaulle et René Cassin fut l’une des grandes chances de l'histoire de notre pays. Quand il fallut reprendre en mains le destin de la France « à partir de rien », selon les mots mêmes du Général de Gaulle dans « Mémoires de guerre », (l'Appel 1940-42, page 84), il y eut, pour sauver l'honneur des juristes, un éminent professeur de droit qui, spontanément poussé par le même sursaut fondamental, vint se mettre au service de celui qui devait, avec ce rien, faire la guerre et rebâtir un État.

Il y a cinquante ans :

                                    René Cassin et sa conception des droits de l'Homme.

                                    par Henry BERTRAND. ( Extrait )

II y a trois phrases que René Cassin aimait particulièrement : « Tout ce qui monte converge », de Teilhard de Chardin, «Tout homme qui s'élève, élève le monde » et la troisième que Ghislaine René Cassin, son épouse, avait dédiée aux « Gaullistes pour la Démocratie », et par laquelle il a terminé son discours à la remise de son prix Nobel : «Je tiens de ma patrie un cœur qui la déborde. Et plus je suis Français, plus je me sens humain ».

René Cassin, grand blessé de la première guerre mondiale, a fondé puis présidé l'Union Fédérale des Associations de Mutilés et d'Anciens combattants. Il rejoignit le Général de Gaulle à Londres dès Juin 1940 et rédigea les accords de Gaulle/Churchill, fondement juridique de la France Libre. Il fut le principal promoteur de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme adoptée le 10 décembre 1948 par les Nations Unies. Il reçut le Prix Nobel de la Paix en 1968 dont il affecta le montant à la création de l'Institut des Droits de l'Homme à Strasbourg.

« Le 10 décembre 1998,1e monde entier a célébré le 50ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. « Plus jamais ça » était le cri unanime des survivants de l'horreur absolue. Trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et de l'anéantissement du nazisme, la Déclaration Universelle se voulait la promesse d'un monde libéré de la haine et de l'oppression. Un demi-siècle plus tard, nous sommes loin du compte.

De quoi désespérer ? Non. Sauf à désespérer de nous-mêmes, de l'humanité. Non, à la mesure du travail accompli par les quelques 2000 organisations non gouvernementales. Non enfin, car ce ne sont pas des mots et qu'il faut croire en la parole. Car comme l'a écrit Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix en 1986, écrivain, enfant juif miraculé d'Auschwitz qui a vu toute sa famille disparaître dans les flammes des crématoires de la « Solution finale », « Quand le langage échoue, c'est la violence qui le remplace. La violence est le langage du pouvoir ». Il faut dire « non » au mépris et à sa ter­rible complice, « l'indifférence ».

Il ne faut pas que quelqu'un puisse un jour avouer, comme mon compagnon des heures noires, le pasteur Niemoller, résistant allemand détenu au camp de concentration d'Oranienburg-Sachso de 1938 à 1945 :

Quand il n'y aura plus personne pour protester...

« Quand les nazis ont arrêté

les communistes, je me suis tu, car

je n'étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé

les socio-démocrates, je n'ai rien dit,

car je n'étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher

les catholiques, je n'ai pas protesté,

car je n'étais pas catholique.

Quand ils ont emmené

les juifs, je me suis tu, car

je n'étais pas juif

Quand ils sont venus me prendre,

il n'y avait plus personne

pour protester. »

 Très jeune, René Cassin avait compris que l'homme « ne vit pas seulement de pain » et cette phrase prit, dans sa pensée, figure de symbole. Bien sûr, il l'a consignée dans la Charte, je cite l'article 25 « d'un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires... »

L'article 1er de la Déclaration pose le problème fondamental de la dignité et de la valeur de la Personne humaine en proclamant que les êtres humains « sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». L'urgence d'une juridiction internationale protégeant ceux-ci s'imposa à René Cassin comme essentielle et désormais il décida d'y consacrer toute sa pensée, tout son cœur et tous ses travaux.

Cette urgence devait s'affirmer dans la conscience des peuples et leurs représentants aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Le caractère évident de « croisade pour les Droits de l'Homme qu'avait pris l'atroce conflit imposé aux peuples, écrit-il, ayant frappé les hommes d'État tels Roosevelt, Bénès et les Gouvernements alliés siégeant à Londres, l'idée d'un proclamation solennelle des Droits de l'Homme en riposte aux pseudo-doctrines dirigées contre les principes de liberté, égalité, dignité de l'Homme, reprise de la proclamation de 1789 de la Révolution française, avait acquis une réelle maturité en 1946, à la veille de la Conférence de l'Organisation des Nations Unies ».

 « La mode est aujourd'hui le découpage du respect fondamental de la Personne Humaine en satisfactions partielles qui asservissent le sujet humain à des catégories sociales.

Il ne s'agit pas de mettre en cause la solidarité humaine, mais cette soli­darité doit avoir son siège non dans un bureau mais dans chacun. René Cas­sin souhaitait ardemment que le texte de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme soit distribué et lu dans les écoles, serve d'enseigne­ment civique aux jeunes de tous les pays du monde, soit étudié et commenté par eux pour l'instauration d'un monde plus humain. »

En septembre 1997, Mary Robinson, Présidente de l'Irlande, était nommée au poste de haut-commissaire des Nations-Unies pour les Droits de l'Homme. Avocate, femme politique, son parcours est un combat permanent pour les Droits fondamentaux de la personne humaine.

Quelques témoins et Combattants qui luttèrent pour le respect des libertés fondamentales : Spartacus (- 73 av. J.-C.), Voltaire, Diderot, Louise Michel, Lincoln, Victor Schoelcher, Eleanor Roosevelt qui a introduit en anglais la notion de droit « humain », plus universelle que « de l'Homme », René Cassin prix Nobel de la Paix en 1968, Andreï Sakharov, physicien soviétique prix Nobel en 1975, Elie Wiesel, écrivain, prix Nobel en 1986, Aung San Suu Kyi, Birmane, prix Nobel en 1991, l'Indienne Maya Rigoberta Menchu. prix Nobel en 1992, Nelson Mandela, prix Nobel en 1993... Amnesty Interna­tional et Handicap International, prix Nobel de la Paix 1997...

 Henry Bertrand, prix de l'Asie, A.D.E.L.F, 1994

 Vice-Président de l’A.D.E.L.F.

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